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Capitalisme et dérèglements climatiques : vers une “grève pour le climat”? Conférence-débat

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Speech à la manifestation du 29 avril

Vous le savez, les nouvelles du climat ne sont pas bonnes.

2016 a battu le record de température globale de 2015, qui lui-même s’était substitué au record de 2014. On a observé une vague de chaleur au Pakistan et en Inde : au-delà de 45°C et 50°C dans certaines régions, ce qui veut dire 7 à 8° au dessus des normes habituelles pour une mi-avril. La concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère est désormais de 410 ppm.

On assiste aussi à un phénomène inquiétant : la fonte rapide des banquises en arctique et antarctique. Cet hiver les glaces sont loin de s’être reconstituées à leur niveau antérieur. Cela représente un retard de près de 10% par rapport à ce qui est en temps normal observé depuis les premières mesures par satellites. L’arctique est aujourd’hui 3°C plus chaud que lors de la période qui va de 1971 à 2000.

Tout cela et bien d’autres phénomènes indiquent que nous pourrions être proches d’un point de basculement. Le climat est un système complexe, non linéaire. Cela signifie qu’il peut bifurquer rapidement vers un autre état. Où sont les points critiques, les points de basculement ? En général on l’apprend trop tard lorsque le point est atteint et qu’on ne peut faire machine arrière. La fonte des glaces est peut-être un signe avant-coureur d’un basculement, car c’est une boucle de rétroaction positive : moins de glace signifie plus d’absorption de la chaleur aux pôles et donc une fonte accélérée de la glace.

Il est donc TRES urgent d’arrêter le réchauffement climatique, c’est-à-dire essentiellement d’utiliser des combustibles fossiles.

L’accord de Paris, en décembre 2015, annonçait qu’il faudrait tendre à limiter le réchauffement à 1,5°C à la fin du siècle. Cela signifie qu’il faut arrêter TOUTES les émissions de gaz à effet de serre bien avant 2040.

On parle encore parfois d’un réchauffement acceptable de 2°C, mais c’est sur base d’avoir une chance sur deux de ne pas basculer dans un régime climatique néfaste pour les activités humaines. Est-ce que vous prendriez un avion si on vous disait que vous avez une chance sur deux de ne pas arriver à destination ?

Pourtant ce qui est prévu par les Etats nous mène plutôt vers 3,5-4°C à la fin du siècle…

Il est nécessaire de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 5% par an en moyenne. Mais évidemment l’effort doit être porté avant tout par les plus gros pollueurs.

 

Pour Climat et Justice Sociale, il est évident que la justice climatique doit être au centre des préoccupations, pour des questions politiques et éthiques, mais aussi par souci d’efficacité.

Nous sommes pour une solution aux bouleversements climatiques compatibles avec un mieux vivre pour la majorité des humains, mais aussi des écosystèmes.

Les inégalités sociales croissantes se reflètent dans les émissions, tant au niveau mondial qu’au niveau des pays. Aujourd’hui on attribue à 10% de la population mondiale la moitié des émissions. Evidemment ce n’est pas toute la population des pays riches qui est en cause, mais bien un système productiviste, basé sur les énergies fossiles, appuyé par un système capitaliste et financier.

Combattre le réchauffement climatique revient à dire que les pays les plus riches doivent réduire encore plus vite leurs émissions, de l’ordre de 10% par an. C’est énorme ! Et cela ne peut se faire qu’en changeant complètement de mode de production-consommation. Il faut donc attaquer la question par tous les bouts à la fois, et la justice sociale est un élément primordial dans la transformation radicale nécessaire. Le principe des responsabilités communes mais différenciées passe par l’annulation de ce qui cause les inégalités et les creuse.

Il apparaît indispensable de forger les alliances les plus larges avec toutes les personnes que le système capitalo-fossile met dans la misère, avec tous les peuples qui luttent contre l’exploitation de leurs écosystèmes au nom du profit.

Il faut évidemment arrêter immédiatement les subsides aux énergies fossiles, qui sont aujourd’hui 4 fois plus importantes que les subsides aux énergies renouvelables. Il faut passer aux énergies renouvelables le plus vite possible.

Pour respecter les limites climatiques, il faut qu’environ 80% des réserves fossiles connues restent dans le sol. Les campagnes de désinvestissement dans les fossiles doivent être soutenues. Comme nous soutenons aussi toutes les actions de désobéissance civile qui visent à rendre impossible l’exploitation des énergies fossiles.

Il est aussi essentiel de montrer que les politiques en place ne permettront pas de limiter le réchauffement climatique. Aujourd’hui les politiques néolibérales sont basées sur des instruments de marché et sur l’innovation technologique.

Les instruments de marché sont à la fois injustes socialement et inefficaces pour le climat. L’idée d’un marché du carbone n’a jamais fait que retarder les décisions, et il ne marche pas. Une taxe carbone, outre qu’elle est socialement injuste, ne parviendra pas à limiter l’usage des énergies tant que le système de production-consommation n’aura pas été changé.

Les normes et les régulations sont les seules politiques qui peuvent véritablement réduire rapidement les émissions. Mais on a vu comment l’administration Trump a décidé d’annuler les normes et les régulations. Ce qui d’ailleurs permet à l’Union Européenne d’apparaître vertueuse alors que les ambitions européennes sont très nettement en-deçà de ce qu’il faudrait faire.

Un point sur lequel on n’insiste pas assez est la nécessaire réduction drastique de la consommation d’énergie. Tous les scénarios compatibles avec un respect du climat indiquent qu’il faut réduire considérablement la consommation d’énergie. Mais les mesures d’efficacité énergétique ne suffiront pas à réduire la consommation tant que l’énergie sera une marchandise. Aujourd’hui, une mesure d’efficacité énergétique sert avant tout à consommer l’énergie épargnée ailleurs dans une autre activité. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond systémique. Tant que nous resterons dans un système où l’énergie peut être facilement distribuée dans des infrastructures et via des marchés, toute économie d’énergie sera immédiatement transformée en gain de productivité et de croissance.

Il est donc urgent de passer à une société dans laquelle l’énergie n’est plus une marchandise, et dans laquelle les citoyens peuvent s’intéresser au système énergétique, le discuter et le configurer en fonction de besoins identifiés démocratiquement.

Les politiques néolibérales se sont surtout focalisées sur des individus consommateurs, en les rendant responsables de leurs consommations. Cette manière de culpabiliser les individus ne marche pas, car elle fait l’impasse sur les causes structurelles de la consommation et notamment des infrastructures et des marchés.

Avant de conclure, il faut aussi noter un grand danger qui nous guette : la géoingénierie. Vu l’emballement possible du changement climatique, les solutions qui visent à manipuler le climat pourraient se présenter comme l’ultime secours. Par exemple, en diffusant des aérosols dans la stratosphère, pour simuler une éruption volcanique permanente. On sait toutefois qu’une telle opération modifierait considérablement la mousson et d’autres régimes de pluie sur la planète. Il est tout aussi indispensable d’éviter que des apprentis sorciers jouent avec les systèmes bio-géochimiques de la planète, aux effets imprévisibles mais très probablement délétères.

 

Le changement climatique en cours est une très grande menace pour nos sociétés et leur cohésion. Mais c’est aussi une opportunité pour fédérer toutes les personnes qui luttent pour une autre société, à la fois socialement juste et écologiquement soutenable, pour de nouvelles solidarités entre les peuples et les écosystèmes.

Une telle société doit être construite démocratiquement, mais nous pouvons poser certaines de ses bases :

  • réduction du temps de travail, avec maintien des salaires : partage des richesses, à prendre sur les détenteurs de capitaux
  • arrêt des activités néfastes pour l’environnement, développement des activités pour une véritable transition écologique : isolation des bâtiments, agro-écologie, etc.
  • système public de l’énergie, sous contrôle démocratique
  • services publics : mutualisation des ressources, gratuité des transports publics

Le 29 avril, nous manifesterons pour notre Terre

Dès le début de son mandat, Donald Trump a concrétisé ses attaques contre la protection de l’environnement et du climat.

La personne désignée par Trump pour diriger l’Environmental Protection Agency (l’agence de protection de l’environnement), Scott Pruitt, a consacré l’essentiel de sa carrière à combattre l’Agence qu’il est maintenant appelé à piloter. C’est le renard dans le poulailler, mais il n’est pas seul : toute l’équipe du nouveau président est truffée de semeurs de confusion climatique liés aux secteurs des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz…).

Le nouveau président des Etats-Unis a relancé la construction des pipelines Keystone XL et Dakota Access, dont la mobilisation sociale avait imposé l’arrêt, parfois au prix de luttes acharnées. De plus, Donald Trump a promis d’abolir les dispositions en faveur de l’efficience énergétique des moteurs automobiles et d’examiner favorablement toutes les conditions que les constructeurs mettraient à la relance de leurs investissements aux Etats-Unis.

Alors que nous sommes au bord d’un basculement climatique irréversible, alors que l’accumulation des richesses n’a jamais été aussi grande et aussi inégalitaire, alors qu’une politique écologique et sociale devrait partager le travail et donner un revenu décent à tous et toutes, la protection de l’emploi sert de prétexte pour une politique insensée de soutien aux énergies fossiles.

Les redoutables conséquences sociales et écologiques de cette politique ne font pas hésiter le nouveau président. Sa totale irrationalité non plus. Au contraire : le programme de recherche de la NASA sur le changement climatique est dans le collimateur. Et, afin de faire taire les alertes, les chercheurs/euses dépendant de budgets fédéraux se voient totalement interdit-e-s de communiquer directement leurs recherches au grand public, de quelque manière que ce soit. Quand le message ne lui plaît pas, Donald Trump baillonne le messager !

Nous tirons la sonnette d’alarme. La seule économie digne de notre espèce est celle qui commande de prendre prudemment soin de la Terre pour assurer à tou·te·s ses habitant·e·s et ses écosystèmes les meilleures conditions d’existence. Or, celles-ci sont menacées par l‘économie du pillage des ressources et du saccage de la planète, par la concurrence pour le profit immédiat et maximum.

Nous sommes tous et toutes concerné·e·s. L’avenir de la planète, notre avenir, celui de nos enfants, sont en jeu.

C’est le moment d’entrer en résistance. Aux Etats-Unis, dans le sillage de l’énorme succès de la Marche des Femmes, deux marches sont organisées : pour les sciences le 22 avril, pour le climat le 29 avril. Nous soussigné·e·s, scientifiques et activistes sociaux, nous rassemblerons à Bruxelles le 29 avril, en solidarité avec nos collègues et ami.e.s des Etats-Unis

  • Non au déni climatique
  • Laissons les fossiles dans le sol
  • Changeons le système, pas le climat
  • Respect Women. Respect People. Respect the Earth.

 

PREMIERS SIGNATAIRES:

Alaluf, Sociologue, ULB

Georges Bauherz, neuropsychiatre, ULB

Philippe Baret, Professeur, Agro-Louvain, UCL

Léon Brenig, physicien, Professeur émérite de l’ULB

Antoinette Brouyaux, Associations 21

Paulo Charruadas, historien, ULB

Marijke Colle, écoféministe

Chantal Cornet, Lutte Solidarité Travail

Luka De Bruyckere, research assistant, The Hugo Observatory, ULg

Florence Degavre, Professeure de socio-économie

Chloé Deligne, Historienne de l’environnement, Chercheuse FNRS/ULB

Thibaut Demeulemeester, biologiste, Climat et Justice Sociale

Vinciane Despret, ULg

Charlotte Fichefet, doctorante en science politique à l’ULB, Aspirante FNRS

Marie-Soleil Frère, sciences de l’information et de la communication, maître de recherche FNRS/ULB

François Gemenne, Chercheur Qualifié FNRS, Directeur de l’Observatoire Hugo, ULg

Marius Gilbert, Maître de recherches FNRS, ULB

Pierre Gillis, physicien, Professeur de l’Université, UMONS

Jean-Claude Grégoire, agronome, Professeur de l’Université, ULB

Christian Kunsch, Président, MOC

Jan Nyssen, Geographie, Professor, UGent

Pierre Lannoy, sociologue, Professeur à l’ULB

Pauline Lefèbvre, Lutte Solidarité Travail

Pierre Marage, ancien doyen de la faculté des sciences, ULB

Jacinthe Mazzocchetti, anthropologue, Professeure à l’UCL

Jacque Moriau, sociologue, Chercheur à l’ULB

Marc Mormont, sociologue, Professeur émérite de l’ULg

Pierre Ozer, Observatoire Hugo, Département des Sciences et Gestion de l’Environnement, ULg

Cécile Parent, Lutte Solidarité Travail

Julien Pierret, Faculté de droit et de criminologie, ULB

Pierre Reman, économiste, Professeur UCL

Lidia Rodriguez Prieto, Le Monde Selon les Femmes

Sarah Schlitz, co-présidente de la coalition climat

Christophe Schoune, secrétaire général d’Inter Environnement Wallonie

Isabelle Stengers, Philosophe, Professeure émérite de l’ULB

Marcelle Stroobants, sociologue du travail, Professeure de l’Université, ULB

Daniel Tanuro, Ingénieur agronome, auteur écosocialiste, Climat et Justice Sociale

François Thoreau, chercheur postdoctorant en sciences sociales, ULg

Perrine Vanmeerbeek, chargée de recherches au Spiral (ULg) et CRIDS (UNamur)

Jean-Pascal van Ypersele, climatologue, Professeur à l’UCL

Frank Venmans, chargé de cours en économie environnementale, UMONS

Jean Vogel, Directeur du Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches de l’ULB

Laurent Vogel, chercheur à l’Institut syndical européen, professeur de droit de la santé au travail à l’ULB

Grégoire Wallenborn, Docteur en sciences, Climat et Justice Sociale

Jean Wallenborn, physicien, Professeur émérite de l’ULB

Eléonore Wollf, Géographe, Professeur ULB

Rassemblement pour le climat et notre Terre. Le 29 avril 16h à 18h, place de la Monnaie (Bruxelles)

En solidarité avec les chercheurs états-uniens nous nous rassemblons pour une science du climat indépendante des gouvernements et des industries, en faveur du bien commun et des citoyens.

  • Non au déni climatique
  • Laissons les fossiles dans le sol
  • Changeons le système, pas le climat
  • Respect Women. Respect People. Respect the Earth
  • Refinancement de la  recherche publique

Le 22 avril: marche pour la science ou marche pour la politique de l’Union Européenne?

Le 22 avril devait se tenir à Bruxelles, comme partout dans le monde, une marche citoyenne en soutien avec les scientifiques états-uniens et contre les politiques désastreuses envers la recherche que ce soit aux USA, dans l’Union Européenne et en Belgique. Il n’en sera malheureusement rien !

Reprise en main par des lobbys et des conseillers satellites de la Commission Européenne, la marche citoyenne de Bruxelles s’est transformée en un festival en l’honneur de la politique scientifique européenne. Sans réflexion critique sur la situation actuelle des chercheurs/euses, le soutien ou la participation à cet événement revient à cautionner l’orientation de la DG Research, des États-membres et de la Commission.

Or, celle-ci est loin d’être satisfaisante. C’est celle d’un définancement de la recherche publique, d’une compétition de plus en plus intense entre scientifiques, d’une fuite de plus en plus importante des financements publics vers la recherche privée au profit des grandes entreprises, sous couvert d’une économie de la connaissance. Les chercheurs/euses peuvent constater au quotidien les effets de ces décisions à courte vue sur l’affaiblissement des recherches fondamentales et sur la précarité des jeunes chercheurs/euses et des non-permanents dans le monde académique. La recherche scientifique a pour vocation de comprendre le monde et de permettre l’amélioration des conditions de vie de ses habitants, pas de frayer le chemin pour de nouveaux surprofits réalisés aux dépens des citoyens, y compris les chercheurs/euses, et des écosystèmes terrestres.

Pour se convaincre de cette situation, les rapports du FNRS ne peuvent être plus clairs. Sur les 23 objectifs de 2009-2014, seuls 3 ont pu être tenus, et 12 n’ont même pas été entamés uniquement par manque de ressources financières, dont l’évolution est négative, rappelons-le. Un seul exemple : le nombre de chargés de recherche (mandat post-doctoral) attribué annuellement par le FNRS diminue depuis 2010, alors que le nombre de (bons) candidats a explosé depuis 2009, de sorte que le taux d’attribution est passé de 40 à 22%. Pour atteindre ses nouveaux objectifs le supplément de financement nécessaire est estimé au total à 55.700.000 € (soit une augmentation de 37% des subventions communautaires, fédérales et régionales).

Sur ce définancement, sur la marchandisation de la recherche qui en résulte, sur les oligopoles détenus par les éditeurs de revues scientifiques (les 4 plus gros éditeurs privés possèdent à eux-seuls 40% du marché des publications scientifiques et donc du savoir commun), sur la précarité des chercheurs, sur l’endettement des étudiants,… Sur tout ceci, le festival du 22 avril fera l’impasse. Dès son origine, et bien avant le soutien d’institutions belges de recherche, le festival était soutenu par des lobbys patronaux gravitant autour de la Commission, tels que Science/Business (visant à rassembler la science, le business, et le politique), des organes de celle-ci (ESPO) ainsi que des députés de partis conservateurs et populistes.

Des think-tanks d’inspiration technocratique tels que ‘I love evidence’ (Sense About Science EU) font la promotion d’une business-based (ou business oriented) science, au nom d’un combat légitime mais dévoyé contre l’obscurantisme. La business based science est en effet loin de sa neutralité affichée. Cette stratégie ne vise qu’à manipuler les sciences à des fins politiques et économiques, par exemple en justifiant les OGMs, les pesticides, l’exploitation du gaz de schiste, l’énergie nucléaire, ou dans des domaines encore plus idéologisés tels l’économie et les sciences sociales. Sur cela aussi, le festival du 22 avril fera l’impasse. Or il est urgent de reconnaître que les sciences ne sont pas toujours utilisées de manière neutre, et qu’il faut dans ce cas favoriser une recherche indépendante. Indépendante des grandes entreprises et des pressions politiques, en faveur du bien commun et des citoyens.

C’est l’esprit de la March for Science aux USA. L’initiative traduit une prise de conscience que les scientifiques ne sont pas isolés dans leur tour d’ivoire, mais peuvent au contraire participer, dans l’espace public, au débat qui traverse notre société. Se faire entendre est même devenu une nécessité face à l’administration Trump qui tente de mettre sous-tutelle politique toute recherche allant par exemple à l’encontre du déni climatique ou à l’encontre d’entreprises écocidaires. Or en Belgique, en évitant d’inclure les chercheurs/euses eux-mêmes dans l’organisation de l’événement, en restant sourde aux revendications qu’ils peuvent porter, la ScienceMarchBE leur a confisqué la parole au profit de membres de la Commission et du Parlement Européen qui ne seront là que pour embellir leur image auprès des scientifiques. Ceci va clairement à l’encontre du but initial promu par nos collègues états-uniens.

“Climat et Justice Sociale” voulait manifester le 22 avril, à la fois en soutien à la March for Science qui aura lieu ce jour-là aux USA et en soutien à la People’s March for Climate qui aura lieu une semaine plus tard. Nous avons lancé un appel dans ce sens qui a été publié dans la presse avec la signature de nombreux chercheurs et d’activistes des mouvements sociaux, et répercuté en radio et en télévision. Nous avons tenté de collaborer avec ScienceMarchBE, mais nous sommes obligés aujourd’hui de constater qu’aucun accord n’est possible, tant leur démarche est manipulatoire, sous-tendue par des motivations politiques cachées, de fait au service de la Commission Européenne. Face à Trump et son monde, en solidarité avec les chercheurs qui tirent la sonnette d’alarme sur des questions essentielles concernant notre vie sur Terre, tels le réchauffement climatique et la survie des écosystèmes, nous appelons à nous faire entendre le 29 avril, journée internationale de People’s Climate March.

Voici nos messages positifs:
– refinancer une recherche publique indépendante des grandes entreprises et de leurs lobbys, via les universités et les centres publics de recherche;
– Refuser la manipulation des sciences à des fins politiques et économiques;
– Améliorer la situation de plus en plus précaire des chercheurs/euses en Belgique et en Europe;
– Réduire la mainmise des gros éditeurs de revues scientifiques sur le savoir;
– Créer des espaces où les chercheurs peuvent rencontrer les citoyens et leurs demandes en matière de recherche

Plus d’informations sur l’événément facebook

Pour le climat, pour notre Terre, contre l’ouragan Donald et son monde

 En plus d’être raciste, homophobe, sexiste et islamophobe, en plus de préparer une nouvelle vague de régression sociale contre le monde du travail, Donald Trump est un climato-négationniste. Durant la campagne électorale, le nouveau président des Etats-Unis a affirmé que le changement climatique est un canular inventé par « les Chinois » qui complotent perfidement pour ruiner l’industrie US. Qu’il se dise maintenant « ouvert » à la possibilité d’un lien entre les activités humaines et le réchauffement ne doit pas nous endormir. Cette inflexion dans ses propos n’est pas du tout confirmée par le choix de ses collaborateurs, comme la désignation d’un climato-négationniste à la tête de l’Agence Américaine de Protection de l’Environnement. L’expertise scientifique bâtie sur le savoir, les milliers de pages de rapports rigoureux soumis à la révision par les pairs, la confirmation par les faits observés : tout cela n’a aucune valeur aux yeux de M. Trump. Il veut supprimer les fonds attribués à la NASA pour la recherche sur le réchauffement. Surtout, le nouveau locataire de la Maison Blanche semble bien décidé à abroger en priorité les mesures limitées que son prédécesseur avait prises pour réduire la part du charbon dans l’économie étasunienne. Bien entendu, il n’est pas imaginable d’attendre de son administration le moindre frein aux nouvelles extractions, de gaz ou pétrole de schiste par exemple.

L’ère Trump pourrait faire perdre au moins 4 années supplémentaires dans la lutte pour le climat. Pourtant, le verdict posé par des milliers de chercheurs est sans appel : il n’y a plus une minute à perdre pour tenter d’éviter un basculement brutal et irréversible. Les conséquences seraient tellement catastrophiques qu’elles dépassent l’imagination – non seulement à long terme mais aussi dans les prochaines années. En plus des impacts écologiques, des centaines de millions de gens sont menacés, notamment par la hausse du niveau des océans, la baisse de la productivité agricole, les sécheresses, les inondations et autres phénomènes météorologiques extrêmes. Où iront les hommes et les femmes frappé-e-s par ces catastrophes? Grossir les rangs des personnes déplacées et réfugiées que les pays riches refoulent sans pitié. Le tournant climato-négationniste a toutes les chances de faire plonger le monde de nos enfants dans la barbarie. Il faut donc le dire sans ambages : si Trump concrétise ses intentions, lui et son équipe devront être considérés comme coupables d’un crime planétaire contre l’humanité, contre l’environnement et contre la raison. Circonstance aggravante, ce crime aura été commis par le chef du pays qui est le principal responsable historique du changement climatique, contre celles et ceux qui en sont les moins responsables.

Nous savons que l’accord de Paris n’est qu’une déclaration d’intentions, notoirement insuffisante pour maintenir la hausse de la température de la Terre au-dessous de l’objectif adopté de 1,5°C. Nous savons que les seuls engagements concrets à ce jour – les contributions nationalement déterminées des 192 Etats qui ont approuvé les conclusions de la COP21 – nous mettent sur la voie d’un réchauffement probablement bien supérieur à 3°C d’ici la fin du siècle, avec des émissions qui poursuivent leur courbe ascendante alors qu’elles devraient décroitre ! Nous ne pensons pas que les révisions périodiques prévues dans l’accord permettront de combler le fossé entre les intentions contenues dans l’accord et la réalité des contributions nationales. Non seulement parce que le temps presse plus que jamais, mais aussi parce que la politique climatique est néolibérale, taillée sur mesure pour et par les multinationales, et que sa mise en œuvre est laissée à un marché incontrôlé, inefficace et structurellement pervers. Or, c’est précisément la concurrence pour le profit et la croissance qui en découle qui sont les causes fondamentales de l’accumulation de gaz à effet de serre. Nous le disons avec force : pour sauver le climat, il faut sortir de l’idéologie obsessionnelle du marché, changer de système, produire moins, produire pour les besoins, et partager plus. Partager les savoirs et les moyens, les ressources et les espaces. Décentraliser et relocaliser la production, d’énergie et alimentaire notamment, en favorisant son appropriation commune par les citoyens et les petits producteurs.

Aujourd’hui, il est encore possible d’éviter le pire. Aujourd’hui, en s’appuyant sur la décision de principe adoptée à Paris de limiter le réchauffement bien au-dessous de 2°C, voire de 1,5°C, il est encore possible de faire avancer des alternatives à la hauteur du défi, des alternatives ancrées dans des luttes solidaires en faveur du mieux-être, du mieux-vivre, de l’égalité des droits et de la gestion prudente de la planète. Si Donald Trump met ses projets à exécution, ce sera de plus en plus difficile, et risque fort d’être impossible. Dès maintenant, on voit certains gouvernements et l’UE tentés de revoir leurs objectifs climatiques à la baisse, alors qu’il faudrait, plus que jamais, les revoir à la hausse. Pour nous et nos enfants, pour notre bien commun la Terre, nous appelons à la mobilisation la plus large et à la solidarité avec les mouvements sociaux aux Etats-Unis et dans le monde entier. Nous appelons en particulier le mouvement des travailleurs et celui des activistes environnementaux à une lutte conjointe en défense du climat et des conquêtes sociales, contre les nationalismes et pour la solidarité.

Pour le climat, contre Donald Trump et son monde, nous appelons à un rassemblement avec casserolade Place de la Monnaie à Bruxelles, le vendredi 20 janvier de 17 à 19H sur la base suivante :

  • Il n’y a pas de planète B
  • Non au climato-négationnisme, non à l’obscurantisme
  • Plus de réductions d’émissions, pas moins
  • Pas de transition énergétique sans justice, pas de justice sans transition
  • Produire moins, produire pour les besoins, partager les ressources et les savoirs
  • Travailler moins, travailler tous, pour de bons salaires, dans la solidarité
  • Les fossiles doivent rester sous terre
  • Changeons le système, pas le climat

 

Dix thèses pour une stratégie syndicale contre le changement climatique – Asbjørn Wahl

Asbjørn Wahl est conseiller du Syndicat norvégien des employés municipaux et généraux. Nous reproduisons ci-dessous, à titre de document, le texte d’une communication qu’il a faite lors d’un événement co-organisé à New York le 18 septembre 2014 par la Fondation Rosa Luxemburg et Left Labour Projetc.

Asbjørn Wahl sera présent au colloque du 31/10 !

  1. Le changement climatique n’est pas une menace pour l’avenir, il est déjà lune réalité, ici et maintenant, il est provoqué par l’activité humaine, et ses conséquences peuvent être catastrophiques.
  2. La menace climatique aura des implications étendues pour le développement social – soit du fait du changement climatique lui-même, soit du fait des mesures pour en prévenir ou atténuer les effets. Les façons dont nous vivons et travaillons vont donc changer considérablement, que nous prenions des mesures ou non. L’inaction, ou le fait de postposer l’action, représente la plus grande menace, avec des effets désastreux.
  3. Comme les mesures pour lutter contre le changement climatique requerront de grands changements de la société, nous sommes confrontés à une lutte sociale majeure. Par conséquent, la lutte contre le changement climatique est d’abord et avant tout une lutte pour le pouvoir social, portant sur le type de société que nous voulons. Dans la situation actuelle, cela signifie que la lutte contre le changement climatique devra s’unir à la lutte contre les effets de la crise économique, la crise du capitalisme, et contre les forces motrices de celle-ci.
  4. Le régime actuel de croissance économique et l’exploitation impitoyable des ressources naturelles est partie intégrante de l’économie capitaliste. C’est pourquoi il ne sera pas suffisant de se focaliser étroitement sur la politique environnementale. La lutte pour le climat et pour l’environnement doit être vue dans un contexte politique plus large. Une approche critique du système sera nécessaire. Pour empêcher le changement climatique, nous aurons besoin d’un contrôle démocratique de l’économie – en particulier de la production et de la distribution de l’énergie. C’est pourquoi les crises environnementale et économique représentent non seulement une menace, mais aussi une opportunité d’imposer à travers un changement social important et nécessaire.
  5. Dans cette lutte sociale, le mouvement syndical aura un rôle majeur à jouer, en raison de sa position stratégique dans la société. Cependant, les syndicats sont sur la défensive partout dans le monde, et ils sont soumis à une immense pression exercée par des forces économiques solides. C’est pourquoi le mouvement syndical doit être revitalisé, recentré et réactivé pour être en mesure d’assumer un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique.
  6. La politique climatique ne peut pas être réduite à une question de sacrifices à consentir, de droits durement acquis auxquels nous devrions renoncer, comme le disent certaines composantes du mouvement environnemental. La lutte vise d’abord et avant tout à créer une société meilleure pour tou-te-s. Le financement des mesures de réduction des émissions de CO2 doit donc aller de pair avec une redistribution radicale de la richesse – du Nord vers le Sud, et des riches vers les pauvres. Sans cela, il sera impossible d’obtenir le large soutien nécessaire aux politiques de lutte contre le changement climatique.
  7. Prévenir le changement climatique nécessitera une restructuration en profondeur de nos sociétés. Les activités qui détraquent le climat doivent être réduites, tandis que les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les activités écologiquement soutenables doivent être développées – d’une manière planifiée et systématique qui maintient et renforce la sécurité sociale et économique des personnes. Nous ne pouvons accepter que certains groupes de travailleurs aient à supporter le poids des mesures d’atténuation des changements climatiques par le chômage et la marginalisation. En d’autres termes, la transition doit être juste – et pour être juste, elle doit être planifiée et gérée de manière démocratique. Toutes les recherches sérieuses ont montré que les politiques climatiques nécessaires créeront plus d’emplois qu’elles n’en détruiront. Cela dépend entièrement du pouvoir des travailleurs sur le marché du travail, la réduction du temps de travail et la façon dont nous distribuons le travail nécessaire dans la société.
  8. La transition vers une société écologiquement soutenable présente de nombreux avantages. Des milliers de nouveaux emplois dans les transports publics, l’énergie renouvelable, la rénovation des logements et l’industrie durable seront créés. Une réduction des gaz à effet de serre réduira du même coup la pollution des lieux de travail et des lieux de vie des communautés. Un contrôle démocratique accru sur l’économie réduira la concurrence et la pression sur les lieux de travail. Moins de stress, de tension et de pression mentale seront d’importants résultats d’un tel développement.

« La lutte pour le climat est une lutte pour la démocratisation de l’économie et de la société, la redistribution de la richesse, la libre utilisation de nos savoirs communs »

  1. Les réponses de marché à la crise climatique, principalement à travers le commerce du carbone, qui ont été promues par les gouvernements et de forts intérêts économiques, ont jusqu’ici échoué. Ce ne sont pas non plus les sommets mondiaux qui nous sauveront. Ce n’est pas par le biais de sommets mondiaux que nous avons obtenu une égalité sociale accrue, le travail décent, la réduction de la pauvreté, l’égalité de genre, etc., dans la mesure où ces avancées sont effectives. Nous avons besoin d’accords internationaux contraignants pour sauver le climat mais, pour y parvenir, il est nécessaire de mobiliser les forces sociales sur des solutions alternatives fondées sur la solidarité, l’égalité et les besoins sociaux. Lors de la COP 19 à Varsovie, les gouvernements et les entreprises multinationales n’ont pas seulement prouvé qu’ils n’étaient pas en mesure d’aller de l’avant, ils ont fait un pas en arrière. Ils ont eu leur chance, et ils ont échoué. Il est temps que d’autres prennent le relais.
  2. Par conséquent, pour réussir dans cette lutte sociale, nous avons besoin de construire à long terme de larges alliances populaires. Une telle alliance est particulièrement nécessaire entre le monde du travail et le mouvement environnemental. La lutte climatique est une lutte pour la démocratisation de l’économie et de la société, la redistribution de la richesse, la libre utilisation de nos savoirs communs – sans barrières de brevet. Pour sauver le climat, nous devons changer la société. Alors seulement nous pourrons créer les conditions nécessaires à une vie meilleure pour tous – y compris nos descendants.

(Traduit de l’anglais par D. Tanuro)

CHANGE THE SYSTEM, NOT THE CLIMATE!

Mobilisation pour la COP 21. Paris en train, à pied ou à vélo.

Le samedi 31 octobre, à la Erasmushogeschool, Rue des Six Jetons 70, 1000 Bruxelles

Journée conférences, ateliers, débats. Entrée libre.

Avec PABLO SOLON
(ex ambassadeur de la Bolivie à l’ONU)

et ASBJORN WAHL
(Confédération Syndicale Internationale)

Programme de la journée:

9h30 Accueil
10h Conférence de Pablo Solon: mise en perspective de la COP 21 et de ses enjeux
10h30 – 12h Ateliers

PAUSE SANDWICHES

13h30 – 15h30 Ateliers
15h30 – 17h30 Rapport des ateliers et débat

Pause

18H Meeting final avec :

Pablo Solon, Asbjorn Wahl, Natalie Eggermont (Climate Express), Brigitte Gloire (oxfam solidarité), Douglas Sepulchre (Climat et Justice Sociale)

Avec en ateliers :

– Climat et dette écologique

– Technologies dangereuses

– Ressources: épuisement, dépassement, effondrement

– Alimentation, Forêts, usage des sols et Climat

– Syndicats, Emploi et Climat

Organisé par : Climat et Justice Sociale, OXFAM Solidarité, CADTM, MPOC, Nucléaire stop, Association 21.

Avec le soutien de : CETRI, Climate express, ATTAC Liège.

Rendez-vous samedi 31 octobre !