Vous le savez, les nouvelles du climat ne sont pas bonnes.

2016 a battu le record de température globale de 2015, qui lui-même s’était substitué au record de 2014. On a observé une vague de chaleur au Pakistan et en Inde : au-delà de 45°C et 50°C dans certaines régions, ce qui veut dire 7 à 8° au dessus des normes habituelles pour une mi-avril. La concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère est désormais de 410 ppm.

On assiste aussi à un phénomène inquiétant : la fonte rapide des banquises en arctique et antarctique. Cet hiver les glaces sont loin de s’être reconstituées à leur niveau antérieur. Cela représente un retard de près de 10% par rapport à ce qui est en temps normal observé depuis les premières mesures par satellites. L’arctique est aujourd’hui 3°C plus chaud que lors de la période qui va de 1971 à 2000.

Tout cela et bien d’autres phénomènes indiquent que nous pourrions être proches d’un point de basculement. Le climat est un système complexe, non linéaire. Cela signifie qu’il peut bifurquer rapidement vers un autre état. Où sont les points critiques, les points de basculement ? En général on l’apprend trop tard lorsque le point est atteint et qu’on ne peut faire machine arrière. La fonte des glaces est peut-être un signe avant-coureur d’un basculement, car c’est une boucle de rétroaction positive : moins de glace signifie plus d’absorption de la chaleur aux pôles et donc une fonte accélérée de la glace.

Il est donc TRES urgent d’arrêter le réchauffement climatique, c’est-à-dire essentiellement d’utiliser des combustibles fossiles.

L’accord de Paris, en décembre 2015, annonçait qu’il faudrait tendre à limiter le réchauffement à 1,5°C à la fin du siècle. Cela signifie qu’il faut arrêter TOUTES les émissions de gaz à effet de serre bien avant 2040.

On parle encore parfois d’un réchauffement acceptable de 2°C, mais c’est sur base d’avoir une chance sur deux de ne pas basculer dans un régime climatique néfaste pour les activités humaines. Est-ce que vous prendriez un avion si on vous disait que vous avez une chance sur deux de ne pas arriver à destination ?

Pourtant ce qui est prévu par les Etats nous mène plutôt vers 3,5-4°C à la fin du siècle…

Il est nécessaire de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 5% par an en moyenne. Mais évidemment l’effort doit être porté avant tout par les plus gros pollueurs.

 

Pour Climat et Justice Sociale, il est évident que la justice climatique doit être au centre des préoccupations, pour des questions politiques et éthiques, mais aussi par souci d’efficacité.

Nous sommes pour une solution aux bouleversements climatiques compatibles avec un mieux vivre pour la majorité des humains, mais aussi des écosystèmes.

Les inégalités sociales croissantes se reflètent dans les émissions, tant au niveau mondial qu’au niveau des pays. Aujourd’hui on attribue à 10% de la population mondiale la moitié des émissions. Evidemment ce n’est pas toute la population des pays riches qui est en cause, mais bien un système productiviste, basé sur les énergies fossiles, appuyé par un système capitaliste et financier.

Combattre le réchauffement climatique revient à dire que les pays les plus riches doivent réduire encore plus vite leurs émissions, de l’ordre de 10% par an. C’est énorme ! Et cela ne peut se faire qu’en changeant complètement de mode de production-consommation. Il faut donc attaquer la question par tous les bouts à la fois, et la justice sociale est un élément primordial dans la transformation radicale nécessaire. Le principe des responsabilités communes mais différenciées passe par l’annulation de ce qui cause les inégalités et les creuse.

Il apparaît indispensable de forger les alliances les plus larges avec toutes les personnes que le système capitalo-fossile met dans la misère, avec tous les peuples qui luttent contre l’exploitation de leurs écosystèmes au nom du profit.

Il faut évidemment arrêter immédiatement les subsides aux énergies fossiles, qui sont aujourd’hui 4 fois plus importantes que les subsides aux énergies renouvelables. Il faut passer aux énergies renouvelables le plus vite possible.

Pour respecter les limites climatiques, il faut qu’environ 80% des réserves fossiles connues restent dans le sol. Les campagnes de désinvestissement dans les fossiles doivent être soutenues. Comme nous soutenons aussi toutes les actions de désobéissance civile qui visent à rendre impossible l’exploitation des énergies fossiles.

Il est aussi essentiel de montrer que les politiques en place ne permettront pas de limiter le réchauffement climatique. Aujourd’hui les politiques néolibérales sont basées sur des instruments de marché et sur l’innovation technologique.

Les instruments de marché sont à la fois injustes socialement et inefficaces pour le climat. L’idée d’un marché du carbone n’a jamais fait que retarder les décisions, et il ne marche pas. Une taxe carbone, outre qu’elle est socialement injuste, ne parviendra pas à limiter l’usage des énergies tant que le système de production-consommation n’aura pas été changé.

Les normes et les régulations sont les seules politiques qui peuvent véritablement réduire rapidement les émissions. Mais on a vu comment l’administration Trump a décidé d’annuler les normes et les régulations. Ce qui d’ailleurs permet à l’Union Européenne d’apparaître vertueuse alors que les ambitions européennes sont très nettement en-deçà de ce qu’il faudrait faire.

Un point sur lequel on n’insiste pas assez est la nécessaire réduction drastique de la consommation d’énergie. Tous les scénarios compatibles avec un respect du climat indiquent qu’il faut réduire considérablement la consommation d’énergie. Mais les mesures d’efficacité énergétique ne suffiront pas à réduire la consommation tant que l’énergie sera une marchandise. Aujourd’hui, une mesure d’efficacité énergétique sert avant tout à consommer l’énergie épargnée ailleurs dans une autre activité. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond systémique. Tant que nous resterons dans un système où l’énergie peut être facilement distribuée dans des infrastructures et via des marchés, toute économie d’énergie sera immédiatement transformée en gain de productivité et de croissance.

Il est donc urgent de passer à une société dans laquelle l’énergie n’est plus une marchandise, et dans laquelle les citoyens peuvent s’intéresser au système énergétique, le discuter et le configurer en fonction de besoins identifiés démocratiquement.

Les politiques néolibérales se sont surtout focalisées sur des individus consommateurs, en les rendant responsables de leurs consommations. Cette manière de culpabiliser les individus ne marche pas, car elle fait l’impasse sur les causes structurelles de la consommation et notamment des infrastructures et des marchés.

Avant de conclure, il faut aussi noter un grand danger qui nous guette : la géoingénierie. Vu l’emballement possible du changement climatique, les solutions qui visent à manipuler le climat pourraient se présenter comme l’ultime secours. Par exemple, en diffusant des aérosols dans la stratosphère, pour simuler une éruption volcanique permanente. On sait toutefois qu’une telle opération modifierait considérablement la mousson et d’autres régimes de pluie sur la planète. Il est tout aussi indispensable d’éviter que des apprentis sorciers jouent avec les systèmes bio-géochimiques de la planète, aux effets imprévisibles mais très probablement délétères.

 

Le changement climatique en cours est une très grande menace pour nos sociétés et leur cohésion. Mais c’est aussi une opportunité pour fédérer toutes les personnes qui luttent pour une autre société, à la fois socialement juste et écologiquement soutenable, pour de nouvelles solidarités entre les peuples et les écosystèmes.

Une telle société doit être construite démocratiquement, mais nous pouvons poser certaines de ses bases :

  • réduction du temps de travail, avec maintien des salaires : partage des richesses, à prendre sur les détenteurs de capitaux
  • arrêt des activités néfastes pour l’environnement, développement des activités pour une véritable transition écologique : isolation des bâtiments, agro-écologie, etc.
  • système public de l’énergie, sous contrôle démocratique
  • services publics : mutualisation des ressources, gratuité des transports publics