Asbjørn Wahl est conseiller du Syndicat norvégien des employés municipaux et généraux. Nous reproduisons ci-dessous, à titre de document, le texte d’une communication qu’il a faite lors d’un événement co-organisé à New York le 18 septembre 2014 par la Fondation Rosa Luxemburg et Left Labour Projetc.

Asbjørn Wahl sera présent au colloque du 31/10 !

  1. Le changement climatique n’est pas une menace pour l’avenir, il est déjà lune réalité, ici et maintenant, il est provoqué par l’activité humaine, et ses conséquences peuvent être catastrophiques.
  2. La menace climatique aura des implications étendues pour le développement social – soit du fait du changement climatique lui-même, soit du fait des mesures pour en prévenir ou atténuer les effets. Les façons dont nous vivons et travaillons vont donc changer considérablement, que nous prenions des mesures ou non. L’inaction, ou le fait de postposer l’action, représente la plus grande menace, avec des effets désastreux.
  3. Comme les mesures pour lutter contre le changement climatique requerront de grands changements de la société, nous sommes confrontés à une lutte sociale majeure. Par conséquent, la lutte contre le changement climatique est d’abord et avant tout une lutte pour le pouvoir social, portant sur le type de société que nous voulons. Dans la situation actuelle, cela signifie que la lutte contre le changement climatique devra s’unir à la lutte contre les effets de la crise économique, la crise du capitalisme, et contre les forces motrices de celle-ci.
  4. Le régime actuel de croissance économique et l’exploitation impitoyable des ressources naturelles est partie intégrante de l’économie capitaliste. C’est pourquoi il ne sera pas suffisant de se focaliser étroitement sur la politique environnementale. La lutte pour le climat et pour l’environnement doit être vue dans un contexte politique plus large. Une approche critique du système sera nécessaire. Pour empêcher le changement climatique, nous aurons besoin d’un contrôle démocratique de l’économie – en particulier de la production et de la distribution de l’énergie. C’est pourquoi les crises environnementale et économique représentent non seulement une menace, mais aussi une opportunité d’imposer à travers un changement social important et nécessaire.
  5. Dans cette lutte sociale, le mouvement syndical aura un rôle majeur à jouer, en raison de sa position stratégique dans la société. Cependant, les syndicats sont sur la défensive partout dans le monde, et ils sont soumis à une immense pression exercée par des forces économiques solides. C’est pourquoi le mouvement syndical doit être revitalisé, recentré et réactivé pour être en mesure d’assumer un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique.
  6. La politique climatique ne peut pas être réduite à une question de sacrifices à consentir, de droits durement acquis auxquels nous devrions renoncer, comme le disent certaines composantes du mouvement environnemental. La lutte vise d’abord et avant tout à créer une société meilleure pour tou-te-s. Le financement des mesures de réduction des émissions de CO2 doit donc aller de pair avec une redistribution radicale de la richesse – du Nord vers le Sud, et des riches vers les pauvres. Sans cela, il sera impossible d’obtenir le large soutien nécessaire aux politiques de lutte contre le changement climatique.
  7. Prévenir le changement climatique nécessitera une restructuration en profondeur de nos sociétés. Les activités qui détraquent le climat doivent être réduites, tandis que les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les activités écologiquement soutenables doivent être développées – d’une manière planifiée et systématique qui maintient et renforce la sécurité sociale et économique des personnes. Nous ne pouvons accepter que certains groupes de travailleurs aient à supporter le poids des mesures d’atténuation des changements climatiques par le chômage et la marginalisation. En d’autres termes, la transition doit être juste – et pour être juste, elle doit être planifiée et gérée de manière démocratique. Toutes les recherches sérieuses ont montré que les politiques climatiques nécessaires créeront plus d’emplois qu’elles n’en détruiront. Cela dépend entièrement du pouvoir des travailleurs sur le marché du travail, la réduction du temps de travail et la façon dont nous distribuons le travail nécessaire dans la société.
  8. La transition vers une société écologiquement soutenable présente de nombreux avantages. Des milliers de nouveaux emplois dans les transports publics, l’énergie renouvelable, la rénovation des logements et l’industrie durable seront créés. Une réduction des gaz à effet de serre réduira du même coup la pollution des lieux de travail et des lieux de vie des communautés. Un contrôle démocratique accru sur l’économie réduira la concurrence et la pression sur les lieux de travail. Moins de stress, de tension et de pression mentale seront d’importants résultats d’un tel développement.

« La lutte pour le climat est une lutte pour la démocratisation de l’économie et de la société, la redistribution de la richesse, la libre utilisation de nos savoirs communs »

  1. Les réponses de marché à la crise climatique, principalement à travers le commerce du carbone, qui ont été promues par les gouvernements et de forts intérêts économiques, ont jusqu’ici échoué. Ce ne sont pas non plus les sommets mondiaux qui nous sauveront. Ce n’est pas par le biais de sommets mondiaux que nous avons obtenu une égalité sociale accrue, le travail décent, la réduction de la pauvreté, l’égalité de genre, etc., dans la mesure où ces avancées sont effectives. Nous avons besoin d’accords internationaux contraignants pour sauver le climat mais, pour y parvenir, il est nécessaire de mobiliser les forces sociales sur des solutions alternatives fondées sur la solidarité, l’égalité et les besoins sociaux. Lors de la COP 19 à Varsovie, les gouvernements et les entreprises multinationales n’ont pas seulement prouvé qu’ils n’étaient pas en mesure d’aller de l’avant, ils ont fait un pas en arrière. Ils ont eu leur chance, et ils ont échoué. Il est temps que d’autres prennent le relais.
  2. Par conséquent, pour réussir dans cette lutte sociale, nous avons besoin de construire à long terme de larges alliances populaires. Une telle alliance est particulièrement nécessaire entre le monde du travail et le mouvement environnemental. La lutte climatique est une lutte pour la démocratisation de l’économie et de la société, la redistribution de la richesse, la libre utilisation de nos savoirs communs – sans barrières de brevet. Pour sauver le climat, nous devons changer la société. Alors seulement nous pourrons créer les conditions nécessaires à une vie meilleure pour tous – y compris nos descendants.

(Traduit de l’anglais par D. Tanuro)